MAISON ABANDONNÉE [VILLA CAMELINE]

L'HEURE DU LOUP

04 mai - 23 mai 2013

ALEXANDRA GUILLOT

« L’heure du loup c’est l’heure où la nuit fait place au jour. C’est l’heure où la plupart des mourants s’éteignent, où notre sommeil est le plus profond, où nos cauchemars sont les plus riches. C’est l’heure où celui qui n’a pu s’endormir affronte sa plus violente angoisse, où les fantômes et les démons sont au plus fort de leur puissance »
Extrait du film d’Ingmar Bergman, « L’heure du loup » / 1967

-----------------------------------
Selon un symbolisme universel, la lumière exprime la création, qui se distingue des ténèbres d’un chaos primaire. En Inde, en Chine, dans la Genèse, le premier acte de création consiste à séparer la lumière des ténèbres. S’inspirant de L’heure du loup (1967) d’Ingmar Bergman, mettant en scène les doutes et les cauchemars d’un créateur — un peintre —, Alexandra Guillot propose de peupler la Villa Cameline des éléments d’une mythologie personnelle qui rejoue les angoisses du personnage interprété par Max Von Sydow. Mais il ne s’agit pas tant de « séparer la lumière des ténèbres » en un geste surnaturel que de rappeler un état antérieur à la création, où ombre et lumière oscillent entre fusionnement et « bi-unité », confusion et bipolarité d’un même tout, Essence et Substance. La Terre, sous forme d’un globe où la terre est représentée en blanc et la mer en noir, de ce noir avec lequel le mélancolique est au prise (Mathématiques nocturnes) ; la Lune, reproduite sur un caisson lumineux. « Le mouvement de révolution de la Lune autour de la Terre induit un effet gravitationnel différentiel (par rapport à l’effet gravitationnel Lune-Terre, vu du centre de la Terre) sur les eaux qui constituent les océans et les mers, provoquant une hausse locale du niveau d’eau à la surface de la Terre, approximativement dans la direction Terre-Lune, et dans la direction opposée » (« Lune », notice Wikipédia) : l’influence de l’astre tant à l’échelle planétaire qu’intime ; scénarios, récits à demis mots, révélations et faces cachées : Adolescence (titre provisoire) évoque un passé de squatteuse ; L’amoureuse, un cœur traversé d’une flèche gravés à même la peau (sérigraphie), geste d’une personnalité borderline ? Alexandra Guillot montre également l’un de ses propres films, Nuit blanche, à la fois tributaire d’une longue tradition expérimentale, du Surréalisme, de l’Expressionnisme, et éminemment personnel, comme l’exploration d’un monde onirique, d’un rêve collectif vécu à la première personne, où s’expriment peurs, désirs, pulsions de Vie et de Mort, Éros et Thanatos.

Yann Ricordel /Critique/histoire/théorie/arts/